L’entrepreneuriat est un parcours riche en apprentissage qui vous permet d’évoluer et de réaliser vos objectifs professionnels en étant en accord avec vos valeurs. Mais les défis font également grande partie de ce processus évolutif et si entreprendre seul est un défi, entreprendre à plusieurs peut s’apparenter à une gageure… du moins pour peu que le projet n’ait pas été suffisamment préparé.

En effet, si plusieurs raisons peuvent vous encourager à choisir l’association et justifier votre volonté d’adopter cette approche collaborative, il convient néanmoins d’attacher un soin tout particulier au choix des personnes avec lesquelles travailler, ainsi qu’à un certain nombre d’étapes préliminaires déterminantes pour la réussite de votre association. Celle-ci n’est autre qu’un exercice d’équilibriste c’est la raison pour laquelle les bases doivent être solides !

Voici quelques conseils pertinents qui vous aideront à vous associer dans les meilleures conditions.

Premier conseil : vous devez savoir pourquoi vous souhaitez vous associer

Dans certains cas, les entrepreneurs s’associent pour de mauvaises raisons : pour ne pas être seul, pour faire plaisir à un proche ou par besoin d’argent. Et ceci n’est pas forcément avantageux, car si vous ne vous associer pas pour les bonnes raisons, vous risquez de regretter votre décision au fil du temps. Surtout lorsque les défis s’accumulent et vous vous retrouverez avec la mauvaise personne. Autrement dit :

  • Si vous avez besoin d’être entouré et vous craignez la solitude de l’entrepreneur, faites appel à un coach plutôt qu’à un associé !
  • Si vous avez besoin d’argent ou si vous devriez convaincre votre banquier, sachez qu’il est souvent plus intéressant d’emprunter que d’ouvrir son capital : le retour sur investissement sera meilleur.

Ce que vous devez retenir de ce conseil, c’est qu’il est très important de s’associer pour les bonnes raisons : par exemple pour rassembler des compétences différentes et complémentaires et ainsi se développer plus vite, pour soutenir une vision commune et développer votre entreprise en vue de l’emmener loin dans l’aventure. La motivation et la persévérance seront au rendez-vous à ce moment-là.

Deuxième conseil : bien définir l’équilibre temps de travail / rémunération / pourcentage du capital

Des frustrations et un sentiment de malaise et de démotivation surtout, peuvent apparaître lorsqu’un associé se sent lésé par rapport à l’autre, parce qu’il fournit un travail plus important, se sent plus engagé, ramène plus de contrats, est plus productif… Ou encore parce qu’il possède moins de parts que son collègue alors qu’il participe autant à la vie de l’entreprise et fait de son mieux pour soutenir son évolution…Prenons l’exemple de deux associés à 50%/50%. Le premier est associé dormant, c’est-à-dire qu’il n’a pas de rôle dans l’entreprise. Le second est actif : il est gérant et ne compte pas ses heures, mais la trésorerie de l’entreprise ne lui permet pas de se rémunérer. Le second associé aura certainement l’impression désagréable de travailler gratuitement pour le premier ! Cela le démotivera et risquera de créer des conflits interminables qui pourront mener l’entreprise à l’échec !

De la même manière, un associé monopolisé par sa vie de famille ne pourra pas fournir le même travail que son collègue célibataire. Ce sont deux axes très importants de la vie quotidienne de tout entrepreneur et il est primordial de trouver le bon équilibre et de classer ses priorités pour pouvoir avancer correctement. Les rémunérations doivent à ce sens, prendre compte de tous ces paramètres en vue d’être honnêtes, quitte à les lier à des objectifs individuels de chiffre d’affaires ou de productivité.

Troisième conseil : faire le point sur les compétences, atouts et savoir-faire de chacun

Pour partir sur de bonnes bases et maximiser les chances de réussite de votre association, il est important de faire le point sur les profils des associés et de comparer leur apport potentiel et leur personnalité. Une discussion franche et surtout assez claire doit être créée entre les associés, comme elle peut être animée par un tiers. Celle-ci doit permettre de déceler les points forts et les points faibles de chacun afin d’identifier des complémentarités.

L’apport d’un associé par rapport aux autres ne doit pas être exorbitant. Le but est d’identifier un intérêt partagé et un équilibre général qui faciliteront les changes. Après tout, on a tous nos zones de confort et d’inconfort. Personne ne combine toutes les compétences à lui seule.  La tendance naturelle sera donc de rechercher des gens ou des profils qui nous complètent. Exemple : Gestionnaire-technicien / vendeur-financier / créatif-rigoureux / introverti-extraverti / audacieux-prudent.

Pratiquement cette complémentarité doit se marquer par une répartition claire des tâches et responsabilités en fonction des compétences de chacun. A ce sens, il est même bénéfique de formaliser par écrit le rôle détaillé de chacun des associés.

Quatrième conseil : donner un rôle bien clair à chacun pour éviter toute sorte de conflit et définir des règles claires de gouvernance

Si la réalisation des objectifs de votre projet entrepreneurial vous incite à intégrer plusieurs associés actifs, il faudra bien définir des zones de responsabilité, et cela le plus tôt possible. Qui s’occupe du démarchage commercial ? de la production ? des finances ? des relations avec la banque et l’expert-comptable ? de la communication ? de l’informatique ? de la maintenance ? de l’entretien ?

La répartition des tâches devra en fait être claire et équilibrée pour éviter toute sorte de conflit et à aucun moment les associés ne devront se marcher sur les pieds.

Plus encore, il faut assumer qu’un des associés soit le véritable chef d’entreprise, car pour être sûr de s’entendre et d’avancer d’une manière efficace, les associés doivent s’entendre sur les objectifs stratégiques principaux, mais aussi sur des règles de gouvernance précises. Des rituels de décision doivent s’instaurer, par exemple sous la forme de réunions fixées à intervalles réguliers. Les divergences de vues doivent être également perçues comme un enrichissement. En cas de désaccord, le recours à un tiers « arbitre » peut être envisagé pour assurer la survie de l’association.

Cinquième conseil : n’hésitez pas à pratiquer la franchise bienveillante

Parmi les variables clés qui assurent la réussite de toute sorte d’association, on retrouve la communication ! La franchise bienveillante est un mode de discussion entre associés qui maximise justement les chances de réussite de cette collaboration professionnelle. Il s’agit de se parler franchement en toute transparence, sans détour, mais tout en restant cordial et bienveillant vis-à-vis de l’autre. Des temps de réflexion doivent être aménagés ainsi que de bonnes remises en question qui doivent être initiées. Plus encore, les surréactions et le non-dit doivent être proscrits.  Quant à la confiance et le respect, ils doivent primer à chaque instant.

Sixième conseil : il est primordial d’évoquer les conditions de sortie le plus tôt possible (n’hésitez pas à signer un pacte d’associé)

Le but ici est de prévoir à l’avance les conséquences de la sortie d’un associé. L’anticipation est la clé : elle peut vous éviter plusieurs complications au futur. Il s’agit en fait de chercher à éviter tout blocage en cas de désaccord ou de volonté de se séparer, notamment en fixant les conditions de rachat des parts ou de revente à un tiers. Autrement dit, il est important de réfléchir à une éventuelle sortie de l’affaire dès son lancement. Un jour ou l’autre la question se posera pour de multiples raisons. Si rien n’est fixé, cela va être bloquant !

Ce que vous devez savoir c’est que quelle que soit l’évolution de l’entreprise (négative ou très positive), vous ne pouvez pas savoir comment vous réagirez dans quelques années. Avoir prévu un mode de sortie permet à l’entreprise (et aux associés actifs qui en sont le moteur) de faire face au changement. Cela responsabilise et tranquillise les associés. Les pactes d’associés sont faits pour anticiper ce type de situation. Faites-vous accompagner d’un avocat spécialisé pour rédiger un pacte d’associé.

Un autre conseil important : pensez à bien faire la valorisation de l’entreprise, car elle sera automatiquement liée aux parts du sortant. Mettez-vous d’accord sur une technique de valorisation durable tout en gardant en tête que la priorité doit rester le projet. Par exemple, demandez à votre expert-comptable de fixer une valorisation annuelle sur base de quelques critères clé. Au fur et à mesure des années vous obtiendrez ainsi une fourchette crédible et objective de la valeur de l’entreprise.

Septième conseil : évitez de vous associer en famille pour soutenir votre projet de création, ce n’est pas la meilleure idée !

La plupart des associations familiales se terminent mal, notamment les associations en couple ou entre proches, c’est presque une évidence à quelques exceptions prés. En effet, l’équilibre familial ne correspond pas toujours à l’équilibre professionnel et les interférences peuvent facilement se multiplier. Il n’est pas du tout évident de séparer les deux sphères, personnelle et professionnelle et de maintenir une certaine objectivité nécessaire à la bonne prise de décision et ceci complique parfois les choses. Il est en fait préférable de s’associer avec des personnes moins proches et avec lesquelles on passe moins de temps et surtout moins d’intérêts. Plus vous minimisez le risque d’échec, le mieux c’est !

Huitième conseil : valorisez le trio confiance – vision – valeurs

Pour assurer le succès de votre association, il est indispensable d’instaurer des valeurs positives et surtout communes, de communiquer régulièrement, et d’échanger librement sur vos visions à long terme. Prendre soin de son rapport à ses associés, c’est prendre soin de son association et de sa structure. C’est donner toutes les chances à son projet de durer longtemps et d’avoir une visibilité et donc d’obtenir aussi, rapidement, une reconnaissance aux yeux du public.

  • Pour la confiance : c’est l’ingrédient de base ou l’ingrédient magique qui assure la viabilité de l’association. D’autant que s’associer constitue une sorte de ‘mariage professionnel’. Elle doit se confirmer dans les actes, semaine après semaine. À l’enthousiasme du démarrage succèderont immanquablement les moments de doutes et de tensions, c’est normal. Elle implique transparence totale et communication très régulière dès le départ.
  • La vision : pour réussir son approche associative il est vital de s’accorder sur la vision de l’entreprise. La vision conditionne vos actions et vos prises de décision : quel rêve voulez-vous réaliser ? Vers où voulez-vous évoluer ? Dans 3 ans, vous vous voyez présent dans 5 pays ou bien êtes-vous déjà inquiet à l’idée de démarcher la région voisine ? Rêvez-vous de 100 collaborateurs dans une usine flambant neuve ou appréciez-vous plutôt le cocktail petite équipe – équilibre de vie – rentabilité à risque contrôlé ? Plus votre vision est claire le mieux c’est. De cette manière tous les associés uniront leurs efforts en vue de poursuivre un objectif commun et une vision partagée loin de tout individualisme
  • Les valeurs : pour s’engager dans l’aventure de la création, il faut des “atomes crochus” entre partenaires. Il est important d’avoir des valeurs communes et partagées pour être sûr d’avancer vers la bonne direction. Les associés doivent parfaitement savoir quelles valeurs ils veulent partager et mettre en avant dans le projet. Choisissez des valeurs qui vous correspondent pleinement et qui soient en accord avec votre vision entrepreneuriale, pour les vivre concrètement, sinon vous perdrez toute crédibilité tant au sein de l’équipe qu’à l’extérieur.

Neuvième conseil : pensez à bien arbitrer le pouvoir de décision

Entre associés, qui va décider quoi et qui aura le mot de la fin ? C’est une question cruciale, délicate et complexe. La désignation d’un pilote ou d’un leader facilite la direction de l’entreprise et aide organiser les rapports et les échanges au quotidien. C’est une étape très importante, car la cohésion des associés dépendra avant tout de l’attitude de ce chef désigné…Mais vous avez également la possibilité de mettre au point un système de décision à plusieurs (collégialité, unanimité, majorité, majorités variables, …).

C’est vrai qu’il existe de nombreuses techniques pour organiser les niveaux de pouvoir et la décision. Toutefois, se limiter à un système par ‘compétences’ du genre « tu décides pour le financier et moi pour la production » ne tient pas souvent la route, car décider de l’achat d’une grosse machine concernera les deux. Plus encore, sachez que dans un scénario à deux, évitez d’opter pour le 50/50, il peut devenir bloquant et dangereux en cas de crise.  Une solution est de passer au 49-51 (en donnant la primauté à l’initiateur du projet ou par tirage au sort, …), une autre consiste à faire appel à un tiers “sage” auquel chacun des associés cède une action, de manière à disposer dans tous les cas d’une majorité qui décide. Au minimum il convient de préciser les responsabilités des deux associés et les zones de décision opérationnelle qui en découlent.

L’étape suivante, une fois les décisions prises sur base du système prévu, les associés doivent rester cohérents en défendant chacun les mêmes messages. Si des désaccords doivent être réglés, c’est entre associés et pas face aux collaborateurs ou aux partenaires externes. Dans tous les cas, gardez toujours en tête l’intérêt de l’entreprise au-delà des intérêts personnels.

Dixième conseil : pensez à bien définir les rémunérations

En plus de la prise de décision, la question de la rémunération demeure l’un des aspects les plus sensibles entre associés. En effet, vous êtes juge et partie et l’aspect psychologique est important. Ainsi, pour objectiver les choses et fixer les modes de rémunérations, pensez à répondre à ces questions :

  • Que vaut mon travail (en fonction de mon parcours, expérience, formation) ?
  • Quelle est ma relation à l’argent ?
  • Que fait-on des bénéfices/rentrées ? On se paie ou on investit ?
  • On garde une réserve ou pas ?
  • On fait bénéficier l’équipe ou pas ?

Un conseil, respectez ces règles d’or :

  • N’octroyez des rémunérations que si la situation financière de l’entreprise le permet.
  • Respectez l’équilibre entre associés : n’octroyez un avantage que si les autres bénéficient d’un avantage équivalent ou que si vous le méritez réellement.
  • Objectivez en comparant les rémunérations avec le marché, au besoin en prenant un avis externe (auprès d’un secrétariat social par exemple).
  • Distinguez la rémunération du capital et du travail. L’actionnaire passif aura intérêt à maximiser le résultat et minimiser la rémunération du travail ; l’inverse étant vrai pour l’associé actif.

Onzième conseil : n’oubliez surtout pas l’évaluation

S’associer ouvre à la fois rêves (tout est possible, ça va marcher, …) et peurs (sera-t-il capable, n’a-t-il pas trop d’ambition, …). L’association peut offrir de nombreux avantages au créateur et lui permet d’accélérer la réussite de son projet entrepreneurial. Mais il est crucial de faire le point sur le fonctionnement de cette équipe, au moins chaque année. Si les désaccords opérationnels doivent être traités au quotidien, prévoir un temps d’évaluation permet de “stocker” les questions les plus délicates afin de les traiter à tête reposée. L’évaluation des objectifs de l’association vous permet également de vérifier son efficacité et de confirmer ou infirmer sa continuité.

Leave a comment

In response to:

Comment réussir son association : voici les meilleurs conseils à suivre

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*